L’Etat finance la bulle immobilière

Derrière chez moi, dans la zone la plus tendue de la banlieue parisienne, des immeubles de programmes immobiliers à peine livrés se voient constellés de pancartes «à louer», alors qu’ils ne contiennent que 15% de logements sociaux. #WTF, j’ai envie de dire. C’est aussi ce que je réponds à ma mère quand elle me conseille d’acheter un studio pour le louer, car «ça te paiera ton loyer».

La politique du logement me semble être un bon miroir de notre échec social (au bas mot, 8 millions de mal logés en France, quelques défauts -localisés- de mixité sociale, endettement des ménages, mitage du territoire, etc). Elle est soumise au droit de propriété bien sûr, qui est ancestral, codifié et malheureusement patrimonial plutôt que libertaire, mais également aux contingences d’un marché que le système souhaite libéral. Et que l’État, pourtant déjà chargé de la gestion du droit opposable au logement, des SDF et de l’hébergement d’urgence, fait prospérer.

On vit en effet dans un pays où il y aurait 1 million de logements vacants et où certains privilégiés peuvent se permettre d’investir dans du logement locatif privé dans des zones où les nombre de demandeurs de logement social explose, comme derrière chez moi. Ces investissements sont d’ailleurs facilités par de nombreuses dépenses fiscales (rénovations de l’habitat et urbaine) qui ne sont pas comprises dans les chiffres suivant. La dépense publique d’aide personnelle au logement s’élève à 15 milliards d’euros par an, dont 6 sur le budget de l’État, 2,5 sur le budget des employeurs de plus de 20 employés, tout le reste étant issu de nos cotisations sociales. Sur ces 15 milliards, seuls 600 millions soutiennent directement la construction de logements neufs.

Mais à qui reviennent donc les milliards affectés à aider les gens à payer leur loyer ou à rembourser le prêt de leur « coquet » appartement situé à 60 kilomètres de leur lieu de travail (plus près c’était trop cher) ? Au marché : les banques qui prêtent et les particuliers qui louent sous une forme ou une autre (j’oublie volontairement les « agents immobiliers » divers et variés qui ne servent foncièrement à rien mais qui prennent leur commission au passage).

Car la famille Tartempion -parents chômistes, 4 enfants- n’a pas assez de ressources pour payer les 800€ mensuels du F3 trop petit qu’elle loue à Mme Delarente, qui n’a jamais travaillé de sa vie et qui n’envisage pas de travaux dans ses multiples propriétés, sauf dans sa résidence secondaire sur la Côte d’Azur, afin de profiter de la TVA réduite et des nombreuses déductions d’impôts. Cette résidence bien sûr elle ne la loue pas, manquerait plus qu’un locataire ne l’abîme.

C’est l’État qui paie. L’État schyzophrène qui autorise le relèvement régulier de l’indice de référence des loyers, augmentant d’autant les besoins de prestations logement. L’État qui soutient donc à hauteur de 15 milliards par an une bulle immobilière qui ne fait aucun doute, tandis que certaines CSP aisées acceptent sans rechigner, pour raison professionnelle, des loyers ahurissants.

Car Mme Delarente loue ses appartements aux tarifs du marché. Son F3 pourri ne vaut sans doute pas plus, à la location, de 100€ par mois charges comprises (tiens, c’est d’ailleurs ce que peut effectivement payer la famille Tartempion), mais l’État allonge car les prix du marché ont fortement augmenté, ces dernières années, dans le quartier des Tartempion.

Une suppression des aides personnelles au logement (location et accession), provoquera la salvatrice insolvabilité immédiate et mécanique de millions de familles, dont les bailleurs, de Mme Delarente à la société d’HLM du coin, ni les banquiers, ne pourront s’accommoder -sinon c’est « quelques » millions de SDF en plus- sans baisser mécaniquement les prix de leurs loyers et de leurs prêts, et par conséquent la valeur de leurs biens immobiliers. Alors la bulle explose et on peut à budget constant financer à hauteur de 15 milliards € de logements neufs par an, au lieu de 0,6.

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2 Responses to “L’Etat finance la bulle immobilière”


  1. 2 Doo 9 avril 2012 à 13 h 56 min

    Un F3 à 800€ la chance qu’elle à woow! A ce loyer mensuel je n’ai qu’un deux pièces de 35m² dans la plus belle ville d’Ile de France : Saint Denis ! Gros foutage de gueule.
    bon article.
    Doo


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